Nous sommes 16 à nous retrouver , ce Jeudi 24 janvier, autour de la grande table du Bon Gîte pour la première dégustation du Savour Salm de l'année 2008.
Les vins ne sont pas dégustés à l'aveugle.
Les bouteilles sont ouvertes une heure avant le début de la dégustation, dégagées à l'épaule.
Le vin prélevé est réintroduit dans la bouteille au moment du service.
Le domaine de la Mordorée a été crée en 1986. Il est dirigé par Christophe Delorme. Il compte
maintenant une soixantaine d'hectares de vignes travaillées sans produits chimiques.
Nous débutons par le Lirac blanc Reine des Bois 2006 :
- Cette cuvée réunit de nombreux cépages : grenache (30%), viognier, roussane, clairette, bourboulenc, marsanne, picpoul.
- L'élevage se fait 25% en futs , le reste en cuve.
- Robe jaune clair, nez expressif de fruits jaunes, un peu d'alcool perceptible, bouche ronde , suave, bien équilibrée. Vin qui vient facilement à vous. A mettre à table ou en apéritif.
après cette mise en bouche, nous passons aux vins rouges.
Nous débutons par quelques Liracs.
Lirac rouge Reine des Bois 2002 :
- cuvée élaborée à parts égales de grenache, mourvèdre, syrah.
- élevé 30% en fûts de chêne, 30% en foudre, 40% en cuve.
- robe profonde pour le millésime , nez mêlant les fruits noirs et les notes empyreumatiques, bouche bien équilibrée avec une matière moyenne, avec un grain de tanins un peu rustique traduisant
la faiblesse du millésime. La longueur est correcte. A boire.
Nous poursuivons par 2 vins du millésime 2005.
Le Lirac Dame rousse 2005:
- composé de 50% syrah et 50% grenache.
- robe profonde, presque noire, nez serré, pur, fruits noirs et poivre. La bouche est un modèle d'équilibre, pleine, suave , l'élevage perceptible ne domine pas la matière et le fruit. Belle
finesse des tanins qui amène sur une fin de bouche élégante.
Le Lirac Reine des Bois 2005 présente un profil similaire mais je lui trouve tant au nez qu'en bouche un supplément de complexité avec une note minérale plus
affirmée.
Le Lirac Reine des bois 2004 affiche une robe similaire. Nez un peu plus réservé, il est un peu plus austère et rigide dans son expression ce qui lui donne un côté plus
septentrional. Il faut souligner, là aussi la belle qualité des tanins et la fraîcheur de fin de bouche qui lui donne son élégance.
Nous passons maintenant au plat de résistance de la soirée avec une verticale du Chateauneuf-du-Pape reine des Bois, cuvée phare du domaine.
Ce vin produit en faible quantité ( 1000 caisses environ) est produit à partir de parcelles se trouvant sur les terroirs de La Crau, La Nerthe, Cabrières et Bois de la ville.
Il est composé généralement d'environ 80 % de grenache.
Il est élevé 50% en fûts de chêne, 50% en cuve.
Nous débutons également par le millésime 2002.
Le
Chateauneuf-du-Pape Reine des bois 2002 s'ouvre sur des notes plus empyreumatiques que fruitées. L'équilibre en bouche est bon, la structure moyenne. On note plus
d'ampleur que le Lirac du même millésime et une finesse de tanins supérieure. Pour l'année ce vin est tout à fait correct et a toute sa place à table dès à présent.
Le
Chateauneuf-du-Pape Reine des Bois 2005 affiche une robe pratiquement noire. Le nez serré, puissant, mais sans aucune dérive alcooleuse, sur la réserve,
s'exprime sur les fruits noirs. Belle pureté que l'élevage ne maquille pas.
La bouche présente une structure serrée; la matière est considérable parfaitement mure au niveau phénolique, d'une grande finesse au niveau des tanins ce qui donne à l'ensemble une texture
soyeuse.
Malgré sa richesse le vin garde de la fraicheur et exprime un caractère naturel.
On dit que les grands musiciens, par la qualité de leur interprétation, arrivent à ce que le public d'une salle de concert ne fasse qu'un de telle façon qu'aucun bruit parasite ne
vienne perturber la qualité d'écoute de chacun.
C'est ce réalise le
Chateauneuf-du-Pape Reine des Bois 2003 : la grande table s'est tue. Chacun affirme son plaisir à goûter ce vin dans le silence.
Les 4 composantes essentielles du grand vin se trouvent réunies dans le verre : race, profondeur, équilibre, vibration. Il y a de la vie dans ce vin.
Je trouve que le commentaire de ce vin dans le Bettane-Dessauve résume nos impressions : " Vin superlatif dans toutes ses composantes: la robe est d'un grenat presque noir, le boisé
imposant s'est pourtant se fondre et s'associer parfaitement à des notes de mure et d'épices extrêmement fines. En bouche, c'est un vin de très grand volume, puissamment construit, mais aussi ultra
soyeux, à la densité raffinée, à la sève incontestable et à la longueur généreuse. C'est un vin de grande classe qui sait conjuguer puissance et soyeux de tanin comme peu l'ont fait
auparavant."
S'annonce ensuite le
Chateauneuf-du-Pape Reine des Bois 2001 annoncé parfait par vous devinez qui.
Robe similaire aux vins précédents. Le nez serré, puissant annonce une bouche d'une densité considérable soutenue par une acidité qui lui donne une grande longueur. La texture est toujours aussi
élégante. Le vin me parait plus statique pour le moment . Quelques années de cave lui seront nécessaires pour exprimer toute la fougue, toute l'énergie qui sommeillent en lui.
Nous poursuivons avec le
Chateauneuf-du-Pape Reine des Bois 2000:
On note un début d'évolution au niveau de la robe, signe que le vin est passé dans une phase
secondaire. Cela se confirme au nez avec l'apparition de notes d'olives. Les épices sudistes (laurier) sont bien définies.
Je suis un peu plus analytique dans la description de ce vin parce que je le pense dans une phase intermédiaire . La bouche m'apparaît un peu déséquilibrée avec un côté plus alcooleux. Je lui
trouve moins de profondeur et de fraîcheur que dans les autres vins .
Nous terminons avec le
Chateauneuf-du-Pape Reine des Bois 1998 :
Une malheureuse déviation liégeuse ne nous permettra pas de l'appréhender de la façon la
plus objective.
Cependant la bouche ne le trahit pas . Au bout de 10 ans le vin est parfaitement équilibré, assagi, les notes épicées accompagnant une matière élégante, charnue mais non dénuée de
finesse. Il n'y a aucun trait rustique. L'élevage est complètement digéré . On peut le boire.
Voilà il est temps maintenant de nous régaler du civet de chevreuil préparé par l'ami Philippe. Les mines sont réjouies, la soirée fut bonne.
Conclusion :
Les vins sont incontestablement de haut niveau.
Aucun vin n'est déséquilibré par une vinification trop brutale ou un élevage trop ambitieux.
Le travail réalisé par l'équipe du domaine dans la vigne permet de réaliser des vins de grande densité, d'une texture fine au niveau du grain de tanins et surout qui arrivent à
garder de la fraicheur .
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